Famille Besner d'origine française

La liste d'embarquement

Des cent hommes recrutés par Monsieur de Gignoux et qui apparaissent sur la même liste que Jean Bezenere (c'est la façon qu'il est alors écrit), neuf sont portés comme étant nés à Montauban, et huit d'entre eux travaillaient la laine. Cette liste concerne le deuxième convoi des recrues acheminées au Canada à partir de l'Île de Ré. Le premier convoi était parti en mars 1752. Pendant l'année 1752, sur quatre cent cinquante recrues envoyées au Canada, quatre-vingt-six d'entre elles étaient dites originaires de  Montauban, et neuf sur dix environ travaillaient la laine à titre de peigneurs ou tondeurs. On peut déduire que les recruteurs savaient que de nombreux paysans venaient travailler l'hiver dans cette ville, et que le travail des recruteurs en était facilité. C'est là que Jean Bezanaire a été recruté, et il n'a sans doute plus donné signe de vie à sa famille. Des 97 recrues embarquées, au moins six se seraient mariées au Canada selon le Dictionnaire Généalogique des Familles Canadiennes de Mgr Cyprien Tanguay.
 

La Charente-Maritime abritait plusieurs ports ouvrant sur l'Atlantique: La Rochelle, Rochefort, l'Île de Ré

Un transatlantique dans le style de ceux des années 1750

La traversée vers le nouveau monde

L'ancêtre des Besner canadiens s'embarqua donc pour Québec le 17 mai 1752 sur le navire La Seine. Incroyable mais vrai, nous possédons même la description et l'histoire de ce navire.

C'était une «flûte», construite en 1719 à Toulon par Le Vasseur, charpentier, suite à un ordre du Roy du 6 septembre 1718 à l'effet de construire deux flûtes, La Seine et La Loire. Une flûte, c'était un navire de charge, à fond plat, large, gros et lourd. Ses dimensions étaient les suivantes (en mesures françaises du temps, bien sûr) : «125 pieds de l'étrave à l'étambot; 32,6 pieds de large, 12,3 pieds de profondeur, 16 pieds de tirant d'eau, jaugeant 650 tonneaux, armé de 50 canons, soit une batterie de 22 canons de calibre 12, une batterie de 24 canons de calibre 8, une batterie de 4 canons de calibre 4». Ses qualités? «marche assez bien pour une flûte».

Ce bateau anglais construit en 1774 est du même type que la flûte La Seine sur laquelle s'est embarqué l'ancêtre des Besner canadiens.

Dessin montrant l'ossature d'un navire du XVIIIe siècle

Une lettre du 11 mai 1752, venant de Marly, siège du ministère de la Marine, donne des instructions au Sieur de Vautron, qui succède à Mr Garnier, lieutenant de vaisseau, commandant la flûte du Roy, La Seine, destinée au Canada. Elle lui fait savoir que Mr de la Jonquière, commandant en chef au Canada, reviendra en France sur La Seine... Hélas! il sera mort avant.

Une autre lettre du 6 octobre 1752, à l'occasion du retour de La Seine en France dit que le Ministère se réjouit que le voyage à l'aller, comme au retour, se soit parfaitement bien déroulé.

La traversée n'avait alors rien de commun avec les croisières d'agrément de notre vingtième siècle. De vieux documents relatifs aux immigrants irlandais au Canada à peine soixante ans plus tard, et donc opérée dans des conditions semblables, peuvent nous donner une idée de l'épreuve. «Le voyage vers Québec dure de quarante à cinquante jours, un mois et demi dans des conditions de vie inconfortables et parfois funestes. À bord, l'espace est fort restreint. Pour dormir, on dispose de deux, parfois de trois rangées de couchettes mesurant chacune six pieds sur six. On y loge jusqu'à six personnes. Le plafond est haut de slx pieds au maximum. La ventilation n'est possible que par trois écoutilles. Durant les tempêtes, elles sont toujours fermées. La réserve alimentaire est constituée de porc, de pain ou de gruau. La ration est d'une livre par adulte, un tiers de livre par enfant. Et il y a les pommes de terre, qui sont le bien propre du passager. On n'oublie pas son vinaigre pour améliorer l'eau potable. La promiscuité engendre des tensions. L'ennui s'en mêle...»  dans «La grande mouvance» pp 115-143, livre publié sous la direction de Marcel Bellavance, aux Éditions du Septentrion, Sillery (Québec), 1990.

Coupe d'un navire du XVIIIe siècle

Emplacement des canons sous le pont principal d'un navire armé du XVIIIe siècle

Malheureusement, pour toute la durée du régime français en Amérique du nord, nous ne possédons aucune liste des simples soldats oeuvrant dans les troupes. Il n'est question que des officiers et sous-officiers. Le soldat était considéré comme une pièce amovible sur un jeu d'échecs. Il est alors bien difficile de retracer l'itinéraire militaire de l'ancêtre des Besner canadiens. Si, cependant, nous pouvions savoir avec exactitude sous quel ou quels officiers il a servi, nous y arriverions. Ce qui suit nous en livre des bribes.

L'ancêtre des Besner canadiens en arrivant à Québec en 1752 a dû contempler le même panorama du haut du Cap Diamant

Le Vieux Québec a conservé ou restauré le charme de son passé français du XVIIe et XVIIIe siècles.

Ici, c'est "Le petit Champlain", un quartier vieillot non loin de la place Royale.

 
 
À Rochefort, Charente Maritime, France, depuis 1993, on procède à la reconstruction d'un vaisseau de 1780.
  http://www.hermione.com/francais/visite/default.htm   http://www.ville-rochefort.fr/index.php?module=orki&page=view&id=371&niveau=1