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1752. Voilà l'année où l'ancêtre de nos Besner d'origine française, Jean Bézanaire, de Savères, Haute-Garonne, France, est arrivé en Nouvelle-France, à Québec, centre administratif de la colonie, à titre de soldat de Sa Majesté Louis XV, Roi de France.
Selon une liste d'embarquement relevée aux Archives Nationales de France à Paris, Jean Bezanere, recrue de Montauban, où il exerçait le métier de peigneur de laine. selon le même document, il s'embarqua pour Québec sur le navire La Seine le 17 mai 1752.
Montauban est une localité située à 80 km de Savères, dans l'actuel département deTarn-et-Garonne. Au 18e siècle, c'était un centre lainier qui embauchait jusqu'à 10 000 employés. Les paysans y apportaient la laine de leurs moutons et y travaillaient durant l'hiver comme ouvriers. On y effectuait toutes les étapes de la transformation de cette matière première en tissus de tout genre. Il y avait par conséquent dans cette ville une forte concentration de négociants dont quelques uns qu'on retrouve au Canada au temps de l'Intendant Bigot. Jusqu'en 1760, les entreprises de Montauban ont fourni un tissu de laine spécial et très chaud, sûrement fort apprécié des habitants du Canada pour confectionner leurs vêtements.
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Les renseignements fournis par le document pré-cité ne correspondent cependant pas, en certains points, entre autres qu'il fût de Montauban et qu'il y exerçât le métier de peigneur de laine, à ce que nous avons jusqu'à maintenant sur la famille de l'ancêtre des Besner d'Amérique qui sont d'origine française grâce aux documents que nous avons cités dans les pages précédentes.
On peut résoudre ces contradictions de trois façons.
a) Il s'agirait, sur cette liste d'embarquement, d'un individu autre que notre ancêtre mais portant le même nom. Cette solution est cependant peu fondée, parce que ce nom de famille ne se retrouve jamais ailleurs dans les archives de Montauban à l'époque qui nous regarde.
b) Le rédacteur de la liste aurait pu compléter les renseignements qui lui manquaient en les inventant. C'est là un phénomène qui a été constaté dans le cas d'autres recrues.
c) Il s'agirait bien de l'ancêtre des Besner, mais il aurait fourni de faux renseignements pour partir à l'insu de sa famille.
C'est cette troisième explication qui est la plus plausible. Un indice qui la favorise est le fait suivant: toute nouvelle recrue devait faire son testament auprès d'un notaire ou d'un prêtre. Mais voilà que, contrairement à la plupart de ses confrères, nous ne trouvons aucune trace de testament à son nom chez les notaires des régions qu'il a parcourues : Rieumes, Toulouse, Montauban, Auch et La Rochelle. Étant donné l'absence de routes et de moyens de transport autres que pédestres, rien ne sert de fouiller plus loin.
Sans posséder l'acte de naissance de Jean Bézanère, nous avons, outre le texte du contrat de mariage de ses parents, deux autres traces officielles de son existence en France.
1o le contrat de mariage de son frère Jean Bézanère, "second de nom", en 1767 (devant le notaire Bouzin)
2o celui du deuxième mariage de sa sÏur Bertrande Bézanère en 1769 (devant le notaire Campardon)
Le 15 décembre 1767 avant midi, lors du contrat de mariage de « Jean Bézanère, fils second de nom », en la juridiction de Goux, métairie du Vergé en Comminges, diocèse de Lombez, sénéchaussée de Toulouse" devant le notaire royal Bouzin, de Montpezat, on note que le marié est "brassier" (qui gagne sa vie avec ses bras, autrement dit journalier), tout comme son père. Ce dernier, sans doute déjà malade, profite du contrat de mariage pour disposer de ses biens et régler sa succession. Ainsi il institue comme « héritier universel et général » ce fils qui se marie et il déclare « lui donner la moitié de tous et chacun des biens meubles et immeubles Éprésents et à venir et sous la réserve de la jouissance pendant sa vie ». C'était le seul fils qui demeurait avec lui à Savères, puisqu'il est écrit dans le contrat (dont le déchiffrage est ardu et certains mots franchement illisibles) que ses deux autres garçons Jean et Maurin (du nom d'un saint vénéré en Gascogne ) « sont absents depuis longues années ». Il prévoit cependant leur réserver « la légitime telle que de droit » et « au cas qu'ils sont vivants et qu'ils reviennent », ils demeurent « ses héritiers particuliers » au même titre que leur sÏur Bertrande. Il convient de préciser qu'il appartenait à l'héritier désigné d'attribuer leur part aux héritiers particuliers.
Bertrande Bézanère, veuve de Michel Bérilin, se remarie, elle, en janvier 1769 avec Pierre Trilhe. Dans cet acte passé devant le notaire Campardon, il est écrit: « la dite Bézanère a constitué et constitue sa dot et par conséquent promet au dit Trilhe son fiancé la somme de 300 livres, laquelle somme sera payée à Trilhe, savoir celle de 250 livres par Maurin Bézanère, son frère... et elle donne plein pouvoir à son fiancé de s'en faire payer la somme de 50 livres restantes pour parfaire la dot de 300 livres par Jean Bézanère, son frère aîné, provenant de ses droits légitimaires... ».
Notons d'abord qu'on ne signale plus l'absence de Maurin. Il est indiqué dans son propre contrat de mariage, survenu également en janvier 1769, qu'il habite à Rieumes depuis huit mois. Il est donc réapparu peu après le décès de son père survenu à Savères le 17 février 1768. Maurin, lui, n'était donc pas parti très loin. S'il est fait référence aux « droits légitimaires » non encaissés de Jean, le frère aîné c'est à dire le droit à sa part d'héritage comme le devoir d'honorer les engagements ou les dettes de son père décédé, c'est sans doute parce qu'il était absent, mais aussi parce qu'il pouvait, probablement, toujours prétendre à la succession du père, à condition de se rendre la réclamer.
À partir de ces références, on peut donc conclure que le « Jean Bézanère, peigneur de laine, recrue de Montauban » dont il est question dans la liste d'embarquement du 17 mai 1752 est bien l'ancêtre des Besner d'Amérique d'origine française.
Il est cependant plus difficile de trouver une explication au départ définitif de l'ancêtre des Besner du foyer familial vers l'Amérique en 1752. Qu'est ce qui pouvait bien l'inciter à aller s'installer ailleurs que chez-lui? Pourquoi s'est-il engagé dans une telle aventure à l'âge de 21 ans ?
On peut supposer quelques motifs plausibles :
1o une pauvreté certaine.
Les études référant au contexte socio-économique du monde rural du sud de la France à la fin du 18e siècle confirment cette hypothèse. En s'engageant dans les forces militaires coloniales, le jeune homme pensait probablement se constituer un petit magot avant de revenir dans son village. Il estimait la vie de soldat plus agréable sinon rentable que celle de peigneur de laine à Montauban...
2o un certain goût pour la découverte et l'aventure.
Il se trouvait dans la fleur de l'âge et jouissait sans doute d'une excellente santé : deux atouts gagnants pour tenter la destinée...
3o un contexte de relations familiales difficiles
La famille immédiate de l'ancêtre des Besner d'Amérique qui sont d'origine française était probablement dominée par un père dur et autoritaire.
Des indices corroborent ce dernier motif. Il y a le fait que son frère Maurin était comme lui absent en 1767, et qu'il est néanmoins de retour à Savères après le décès du père. La main mise paternelle sur les siens transpire aussi dans le texte du contrat de mariage précité de « Jean, fils second de nom », où il est écrit « le dit Bézanère père recevra les époux dans sa maison ... et ils seront tenus de travailler sous l'ordre et (mot illisible ) dudit Bézanère père ».